Nos principes d’intervention

Des outils au service d’une démarche

Notre boîte à outils puise largement dans le répertoire de l’éducation populaire. Des « outils légers » comme le groupe d’interviews mutuelles (GIM), le doute et certitude, le pense-écoute, les ateliers d’écriture, les météos, les photolangages, etc. De « gros outils » comme le théâtre de l’opprimé (théâtre image et théâtre forum), l’entrainement mental (méthode de pensée critique pour structurer son action), l’arpentage (méthode de lecture collective et d’appropriation de savoirs théoriques), l’enquête sensible (ou enquête de conscientisation), le gro-débat, la conférence populaire, etc. Et des outils que nous avons-nous-mêmes bricolés.

Nous alternons temps de travail individuel, temps en petit groupe et en grand groupe. Les méthodes proposées permettent de favoriser l’expression, l’analyse et la prise de décision collective en rendant chacun-e acteur-trice du processus. Nous visons l’appropriation par le vécu. Pas de recette d’intervention, l’équipe s’adapte à chaque contexte, et à ce qui émerge du groupe, en privilégiant ce qui est vécu à ce qui a été prévu.

Et comme des outils ne sont rien sans le geste qui l’accompagne, tout cela reste au service d’une démarche, celle de l’éducation populaire politique.

Vous avez dit émancipation ?

Pour nous l’éducation populaire c’est l’apprentissage et l’entrainement permanent à la démocratie, à une démocratie vivante. Quel que soit l’objet qu’on met au travail, notre horizon c’est la transformation sociale, elle est au cœur de nos interventions.

Comment lutter contre les rapports de domination et d’oppression et contre la standardisation de nos existences ? Comment décrypter les déterminismes sociaux et la manière dont les normes et les discours dominants nous façonnent,  pour devenir auteur-e, individuellement et collectivement, de nos vies et de nos environnements ? Quels agencements collectifs créer pour permettre à chaque personne d’exprimer sa singularité, de développer sa puissance ? Comment œuvrer ensemble, ici et maintenant, pour construire une société plus juste, plus égalitaire, plus démocratique, plus imaginative, plus émancipatrice ?

Tâtonner, expérimenter : une pédagogie de la question

Dans nos interventions, nous proposons des cadres de travail qui permettent de chercher collectivement plutôt que d’endosser une posture d’expert-e et d’autorité. Nous situant plutôt du côté de la pédagogie de la question plutôt que du côté de la pédagogie de la réponse, nous facilitons la construction de savoirs collectifs au lieu de livrer tous prêts nos propres savoirs.

A la suite de Paolo Freire, nous voulons déconstruire « la conception bancaire de l’éducation » (quelqu’un-e qui sait qui délivre un savoir à quelqu’un-e qui ne sait pas) pour travailler un rapport plus horizontal au savoir. Pour faire vivre l’apprentissage mutuel par les pairs, nous ouvrons des espaces d’expérimentation, de coéducation, où il est permis de tâtonner, de s’essayer pour souvent aboutir à de belles trouvailles, grâce au cheminement que propose l’intelligence collective.

Savoirs chauds / savoirs froids…

Se raconter, apprendre de nos vécus, mobiliser nos « savoirs chauds » : notre premier matériel ce sont les histoires de chacun-e, ces savoirs de l’expérience que nous avons accumulés tout au long de nos parcours de vie.

Pour mieux comprendre et dire le monde, nous proposons également d’oser se sentir légitime pour aller braconner dans les sciences humaines, s’aventurer dans des œuvres littéraires et artistiques pour y puiser de la ressource, s’outiller au-delà des cloisonnements disciplinaires en s’emparant de grilles de lectures issues de « savoirs froids ».

Questionner les théories à la lumière de nos expériences, revisiter nos expériences en mobilisant des théories : nous travaillons dans cet aller retour entre l’idée et l’action.

Animer le conflit et mettre au travail les contradictions

Notre volonté est de sortir des logiques d’affrontement et de lutte des égos pour « animer le conflit ». Nous favorisons l’expression des contradictions d’intérêt pour éviter les visions unilatérales et la pression de la conformité, et pour contrer les rapports de domination. En faisant des différences de points de vue une richesse pour le groupe, notre visée est de rendre « les désaccords féconds » : nous mettons au travail les désaccords exprimés pour stimuler la créativité du collectif et imaginer par le travail du consentement la possibilité d’autres alternatives.

Toute action est certes imparfaite, mais nous prenons parti de la complexité du monde plutôt que de céder à l’immobilisme ou à la résignation. Comment alors tenter un agir plus lucide ? Nous mettons au travail les contradictions : voir les situations en nuancier et accepter que tout ne soit pas noir ou blanc, affirmer des partis pris tout en les situant, mettre au travail les tensions qui nous traversent et traversent tout collectif pour en faire des empêcheurs de tourner en rond.

Trajectoires singulières : mise en mots du sensible et mise en jeu des corps

Un collectif est kaléidoscopique. Nous ouvrons des espaces ou peuvent s’exprimer les émotions et le vécu sensible, pour que chacune des personnes puisse exister dans la multiplicité de ses engagements, dans sa singularité, dans sa « poélitique ». C’est notamment à partir de ce terreau là que nous travaillons à mettre en lumière des fonctionnements collectifs, qu’ils soient aliénants ou libérateurs, et que nous élaborons des stratégies de transformation émancipatrices.

La mise en jeu des corps nous importe aussi. Par les jeux, pour vivre le plaisir d’être ensemble, par le théâtre d’intervention pour éprouver la matière des situations, ou par d’autres formes créatives. Parce que les corps disent parfois ce que les mots ne peuvent pas. Et parce que de ces mises en corps émergent une force et une autre forme de pensée qui décalent et nourrissent les personnes et les groupes.

Résonances : transformation personnelle et transformation sociale

La transformation sociale n’est possible que parce que nous revisitons à notre niveau nos postures, que nous travaillons nos façons d’être à soi et aux autres, que nous agissons en tentant de comprendre de quoi nous sommes construits, que nous imaginons des alternatives et luttons pour d’autres possibles. Et inversement la transformation de chacun-e n’est possible que si nous faisons bouger les lignes des rapports sociaux, si nous changeons les formes collectives à travers lesquelles nous agissons et qui nous constituent. Ce sont nos engagements individuels et collectifs qui nous transforment et recréent le monde que nous habitons.

Dans toutes ces fabriques de l’émancipation, nous tentons donc de mener de front et sans les opposer transformation personnelle et transformation sociale. L’éducation populaire qui nous anime œuvre pour un changement culturel où, ensemble, nous créons de multiples et singulières manières d’exprimer notre humanité, de faire groupe et de faire société.