Nos ateliers-formations à venir
Joie militante, s’engager sans déchanter
Visions stratégiques et affectives de l’organisation collective
Du 05 au 09 octobre 2026, en rédidence à Habiterre, Die. Co-animé par Nicolas Haeringer et Juliette Rousseau
Alors que l’état du monde et de la société exigent de nous un engagement toujours plus important, celui-ci se révèle aussi de plus en plus difficile à vivre. L’urgence – autant que l’impuissance organisée à l’échelle structurelle – fait de nos espaces collectifs de résistance les chambres d’écho des problématiques auxquelles ils cherchent pourtant à résister. Comment réagir et s’organiser toujours plus vite et en nombre quand, à l’intérieur des collectifs, organisations, associations se vit l’épuisement généralisé ? Le but de cette formation est de comprendre ensemble comment les questions de joie militante (et son opposé, le radicalisme rigide) et les stratégies peuvent être pensées ensemble, pour faire émerger des collectifs militants qui ne renoncent ni à l’efficacité ni au soin des relations.
Cette formation est animée par Juliette Rousseau (éditrice, traductrice de « joie militante », essayiste et autrice de « Lutter ensemble », mais aussi « Péquenaude » ou « La vie têtue ») et Nicolas Haeringer (engagé dans les mouvements pour la justice climatique depuis 20 ans, auteur de nombreux articles sur les questions de stratégie et d’organisation).
Corps de feu – la force de la colère
Se renforcer pour lutter contre les discriminations et violences sexistes et sexuelles dans une perspective décoloniale.
Du 7 au 9 octobre 2026 – La Baj’Art 38100 – Grenoble – hors résidence – Animé par Otratierra – ouvert aux femmes et minorités de genre (non mixité)
Cet atelier-formation questionne et cherche à transformer l’idée intégrée que les femmes ne doivent pas être agressives même en état de légitime défense, qu’elles ne doivent pas répondre à la violence systémique qu’elles subissent. Conçu principalement pour un public féminin cis et/ou trans, cet atelier-formation explore l’idée que la colère et les vécus des personnes minorisées peuvent être de puissants leviers pour transformer les situations où les violences s’exercent. Cette exploration, qui se fait à travers divers exercices psychophysiques, contribue à la connaissance de soi, de sa force, de sa capacité à transformer sa position de victime en puissance d’agir.
Faire famille ?!
Déconstruire et ouvrir nos imaginaires de la famille dans une perspective décoloniale.
Du 10 au 12 octobre 2026 – Habiterre- Die (drôme) – Animé par Otratierra – ouvert à tous et toutes (stage mixte)
Dans cet atelier-formation de 3 jours, il s’agira de discuter les questions de constructions sociales à travers nos représentations de la famille, en analysant par exemple le contexte dans lequel nos mères ont oeuvrés à l’éducation des enfants, et celui dans lequel nous évoluons aujourd’hui. Pour créer d’autres modèles familiaux et de vie à partir de pratiques personnelles, créatives, relationnelles, artistiques ou intellectuelles, Otratierra présente des structures familiales qui s’opposent au modèle traditionnel de la famille nucléaire dans la société occidentalisée, par exemple en Amérique latine, dans des communautés de vie, etc. Elles s’appuient aussi sur des œuvres comme supports à la conscientisation des violences intrafamiliales et l’invisibilisation du « travail reproductif ». Ces supports permettent de questionner chacun·e dans son propre rapport à la famille, à la maternité ou non, à la condition des femmes et autres minorités de genre, et nourrissent les imaginaires pour faire «famille autrement » dans une perspective décoloniale.
Ces deux atelier-formations sont animés par OTRATIERRA, une plateforme d’arts et d’activisme – dit « Artivismes » – qui vise à rendre visibles les pratiques et les pensées décoloniales qui se déroulent dans le monde entier et à mobiliser la réflexion et l’action collective en faveur d’une vie digne pour toustes par la formation, la création et la recherche. + d’infos ici

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Notre dernier édito :
Lettre d’info #44 – mai 2026
4ème de couverture du livre RESISTANCES AFFECTIVES de Chowra Makaremi, ed. La Découverte 2025
Cultiver nos résistances affectives
« L’indignation est un mouvement politique plus compliqué qu’il n’y paraît, et cette complexité nous renvoie au brouillard qui plane sur notre puissance d’agir. Comment nos attachements les plus élémentaires nourrissent-ils des formes d’organisation et d’action qui donnent corps à la question de la résistance, et parfois la déplacent ? Nous l’observons à chaque fois que l’expérience collective du deuil et l’expérience intime de la parenté se transforment en mouvements politiques fondés sur le chagrin, la colère et l’amour : les Mères de la place de Mai en Argentine, le combat d’Assa Traoré en France, le mouvement de Black Lives Matter aux Etats-Unis, la résistances des mères musulmanes de Shaheen Bagh qui a renouvelé la lutte pour les libertés publiques en Inde, le soulèvement Femme, Vie, Liberté en Iran… Comment cette résistance à travers l’attachement aux autres, à la vie, aux expériences sensibles – souvent observées sur des terrains lointains de violence et de guerre – nous outille-t-elle pour faire face à ce qui nous arrive ici ? »
Extrait de l’introduction de « Résistances Affectives » de Chowra Makaremi, cette citation nous a semblé rassembler toute la force et la complexité de ce qui nous meut depuis plusieurs années dans la recherche des liens entre nos petites histoires et la grande Histoire, entre nos expériences singulières et nos constructions sociales, entre l’intime et le politique… À travers son enquête, Chowra Makaremi nous fait comprendre combien nos liens d’attachements, nos familles, nos relations sociales sont au cœur de nos engagements.
« C’est ce qu’explore ce livre, en scrutant des expérience de résistance : le miracle de leur formation, leur persistance infinie face aux politique de la cruauté, et leurs points d’ancrage multiples – dans le danger et dans la douceur, dans les appels à la mort et les appels à la vie. Le brouillard n’est pas un écran, il est le lieu où le regard apprend à désirer, à l’intérieur, l’opacité s’atténue ».
Plonger dans le brouillard, apprivoiser le flou, le trouble, l’incertitude, et apprendre à être affecté·e, voilà une voie qui ouvre de l’espoir. En effet, Chowra Makaremi nous invite à cultiver ce qu’elle appelle une « pratique de l’espoir » qui repose non pas sur un optimisme raisonnable (qui évaluerait en amont les impacts de nos actes pour choisir « si ça vaut la peine » ou non), mais plutôt sur un courage déterminé, relié à nos affects, à nos liens et au désir de les faire vivre et perdurer. Elle propose d’apprendre des pratiques d’espoir et de courage des femmes iraniennes et affirme qu’on se trompe en applaudissant leur courage de l’extérieur, alors qu’il s’agit plutôt de résonner intimement avec elles : « Cette façon de sentir de l’empathie, ce que j’appelle une politique de l’amour, ou une résistance affective, c’est une façon de lutter pied à pied contre les efforts du pouvoir pour retisser la trame de l’indifférence. » Produire de l’indifférence à la violence étant, comme elle l’explique dans cet interview, un pilier de l’autoritarisme.
Cultiver nos résistances affectives, dans chacun de nos collectifs et de nos espaces de vie : familles, ami·es, amours, collègues, camarades, voisinages, nous semble devenir crucial.
Dans notre dernière lettre d’infos « décoloniser nos corps » nous faisions le constat que nous sommes tous·tes colonisé·es par des modes de pensée et de production qui nous coupent de la capacité à nous relier aux autres, de nos capacités de résistances affectives en somme. Nous invitions à regarder comment nous reproduisons nous-même l’ordre colonial pour chercher à inventer d’autres manières d’être en lien et retrouver de la force collective. Dans cette perspective, nous tentons de faire de nos espaces d’éducation populaire des lieux d’entraînement aux pratiques du courage et de l’espoir (voir aussi notre édito en échos au triptyque de Corinne Morel Darleux: Lucidité, Volonté, Beauté comme boussole dans le brouillard), et d’y cultiver des formes de tendresses radicales.
C’est dans cet élan de transformation individuelle et collective que nous vous proposons cet automne différentes plongées sensibles : avec Juliette Rousseau et Nicolas Haeringer pour continuer à lutter en cultivant la joie ; avec Otratierra pour explorer la puissance de la colère, mais aussi dans la constructions de nouveaux imaginaires de la famille ; et enfin avec nous dans l’exploration du conflit comme moteur de transformation de l’intime au social.
Planche de sérigraphie pour le 1er mai 2026 à Die

