Nos ateliers-formations à venir
La Transformation de conflits
Analyse des violences systémiques pour une société démocratique.
Du 15 au 18 juin 2026 – La Baj’Art – 38100 Grenoble – hors résidence – Animé par Modus Operandi
Questionner nos pratiques d’éducation populaire : animer, accompagner, éduquer ou agiter ?
Le 19 juin 2026 à la MVAC de Grenoble, formation gratuite portée par la MVAC.
Il s’agira d’apprendre à se situer dans ses pratiques, à travers l’exploration de ses intentions et de ses implications, au sens de ce qui nous engage, nous met en mouvement et nous attrape particulièrement.
La Turbine à Graines s’appuiera sur le récit et l’analyse des pratiques d’éducation populaire de chacun-e, pour aller vers une définition de sa posture. Puis, elle proposera une visite des définitions des contradictions éthiques et des pratiques traversées.
Des outils d’analyse de pratiques, élaborés par la Turbine à Graines à partir de ses propres expériences et questionnement sur l’éducation populaire, seront proposés lors de ce temps de formation.
+ d’infos et inscription par ce lien sur le site de la MVAC de Grenoble
Animer une réunion participative
Le 27 avril 2026 à la MVAC de Grenoble, formation gratuite portée par la MVAC.

Téléchargez ici le certificat.
Notre dernier édito :
Lettre d’info #42 – septembre 2025
Illustration Sandra Wieser pour l’édition « Take a little piece of care » de compagniestrates.org
Décoloniser nos corps
Une année a passé depuis notre dernier édito, durant laquelle macro et micropolitique n’ont cessé de se faire échos. Nous avons été fort pris·e entre les remous politiques et nos remous intérieurs. Plus que jamais, le vieux slogan résonne pour nous : L’intime est politique.
Alors que les grands procès médiatisés continuent de briser le silence des victimes de violences intrafamiliales, scolaires, médicales à une échelle inouïe, chacun·e est invité·e à revisiter son histoire personnelle. En France, les collectifs militants s’emparent de plus en plus des questions de domination et de violence, se confrontant à un système solidement arrimé à l’intérieur de chacun·e de nous, des schémas intégrés qu’il s’agit de regarder en face et de déconstruire profondément. Le défi est grand quand il s’agit de plonger en soi, y découvrir toujours plus comment la violence sociale façonne nos intimes, et y rencontrer notre propre violence, individuelle et collective.
Dans nos accompagnements, nous voyons cet idéal fondamental de faire disparaître la violence se confronter à la dure réalité de sa reproduction. L’ampleur et la difficulté du travail nécessaire peut donner un sentiment d’échec aux collectifs où parfois la dénonciation de la violence se transforme en contrôle généralisé et engendre de nouvelles souffrances. Comment faire cesser le cycle des violences ?
Depuis plusieurs années, nous creusons dans les racines du patriarcat pour comprendre les mécanismes de ces violences. bell hooks l’identifie dans l’éducation viriliste des petits garçons, coupés de leur sensibilité dès le plus jeune âge. Dorothée Dussy situe l’inceste comme « le berceau des dominations », en dénonçant un système généralisé de la violence intrafamiliale où le tabou n’est pas de la commettre, mais de la dire, perpétuant la violence de générations en générations. Muriel Salmona, qui met en lumière le phénomène de « colonisation psychique » des victimes de violences sexuelles par leur agresseur, décrit le schéma de la reproduction des violences par la réactivation d’une mémoire traumatique non traitée, alertant sur le fait qu’une victime risque d’être « agie par l’agresseur en elle ».
Aujourd’hui, nous faisons le lien entre cette notion de colonisation par l’agresseur et celle de colonialité. Colonialité au sens de ce qui reste intégré en nous après la colonisation, comme réflexes, schémas de pensées, ressentiments, différenciation altérée entre soi et l’autre qui organisent les rapports sociaux. C’est en rencontrant Otratierra – école d’artivisme, dans leur formation « Utopie familiale et féminisme décolonial » que nous avons réalisé à quel point nous avons tous·tes été colonisé·es psychiquement et physiquement par diverses « empires* ». Même dans ce grand pays colonisateur qu’est la France, il y a eu diverses colonisations : destruction de nos langues, privatisation des communs et uniformisation de nos cultures dans tous les sens du terme. Les logiques de colonisation, d’appropriation, d’accaparement, justifiées par l’objectif de protection et de développement des biens privés et de « la famille » pour léguer « aux siens », sont toujours à l’œuvre dans nos relations et nos imaginaires alimentés par la violence d’État. Le génocide à Gaza, la loi écocide Duplomb et le budget antisocial proposé par François Bayrou en sont les dernières manifestations…
« C’est par la colonisation matérielle et psychique que nous avons intégré des modes de pensée binaires et des logiques propriétaires qui nous autorisent à détruire le vivant. », disent nos deux formatrices latino-américaines d’Otratierra.
La colonialité étant l’héritage de ces logiques de propriété privées déployées à tous les étages de nos vies, serait celle qui pousse à distinguer l’autre de nous même, le dénigrer, le diaboliser et par là, justifier de pouvoir l’attaquer, l’exploiter, le dominer, le tuer. Avec cette notion de colonialité, entendue comme une construction intime, et pas seulement comme un système extérieur que nous subissons et qu’il s’agit d’affronter, il nous semble qu’un chemin s’ouvre à nous : celui de la reconnaissance de nos propres violences et constructions sociales (celles qu’on subit ou celles qu’on fait subir), en évitant les pièges de la culpabilisation, de la diabolisation, du manichéisme. Un chemin de conscientisation, de décolonisation, et de joie militante. Certes, le chemin est encore long, mais nous savons à quel point il peut être nourrissant et surprenant, et même pourquoi pas, beau et joyeux à la fois !
Alors, pour décoloniser nos corps, nos terres, nos esprits, nous avons invité d’autres à nous rejoindre l’an prochain pour partager leur travail, leurs expériences, leurs outils :
Dès janvier, un collectif féministe de prévention (proche du collectif Nous Sommes) proposera sa première formation « Accompagner des personnes ayant commis des violences » ; Otratierra viendra proposer leurs expériences d’artivisme féministe décolonial pour soutenir notamment la colère des femmes et de nouveaux imaginaires de la famille ; Modus Operandi viendra nous transmettre leur méthodologie pour « La transformation de conflits» (analyse des violences systémiques pour une société démocratique), enfin une prochaine édition de notre formation sur le soin et la stratégie dans l’action collective remettra la question de « la joie militante » au cœur de nos luttes, et, comme il s’agit bien de nous mettre au travail nous aussi, la volonté de décoloniser nos corps sous-tendra en filigrane aussi toutes nos propositions d’atelier-formation 2026 : Décoloniser nos sexualités, nos familles, nos luttes, nos collectifs…
Pour nous, participer au mouvement social qui vient, c’est contribuer à la lutte contre les différentes formes de colonisations violentes que nous subissons, et celles dont nous bénéficions ou que nous reproduisons malgré nous.
Et maintenant, à nous : Tout bloquer, bien viser !
*Empires : en référence à Joie militante, le mot « empire » désigne « le réseau de contrôle qui exploite et administre le vivant », incluant l’imbrication des systèmes de colonisation de peuplement, du suprémacisme blanc, d’État, de capitalisme, de validisme, d’âgisme et d’hétéropatriarcat.

Illustration Sandra Wieser pour l’édition « Take a little piece of care » de compagniestrates.org

